Mar. 3rd, 2011

svetlana_desmon: (Allons-y !)
Oui, je sais, je ferais mieux de terminer mes romans en cours avant d'en commencer un autre. Je sais, oui. Mais, j'ai ce "truc" qui veut absolument sortir, alors pourquoi l'en empêcher ? Même si je ne sais pas vraiment où je vais pour l'instant. Bref, voici la première page.


D'aussi loin que je m'en rappelle, j'ai toujours rêvé de voyager à travers le Temps et l'Espace mais jamais je n'aurais pensé que ce serait possible un jour.
Puis il y a eu ce balcon.

***

Je n'ai jamais été très adroit. Ma vie est une maladresse géante. Depuis mon enfance, j'ai toujours tout vécu par hasard. Je suis moi-même un hasard.
Ma mère était encore une très jeune fille quand je suis né. À quatorze ans, elle n'avait pas prévu d'avoir un enfant, en étant un elle-même. Pire, elle ne s'était rendu compte de sa grossesse que lorsqu'elle a perdu les eaux. Aussitôt né, elle a décidé de  m'abandonner ; elle avait des rêves et je n'aurais fait que l'empêcher de les réaliser. C'est à cet instant que commença la longue série d'accidents, hasards et autres maladresses qui ont constitué ma vie jusqu'à peu. Alors que ma mère - enfin, ma génitrice - se résolvait à me laisser devant une porte quelconque, elle fut repérée par une femme d'une trentaine d'années qui décida de me recueillir. Cela faisait six ans qu'elle essayait d'avoir un enfant sans succès, j'étais une solution à son problème. Ma désormais mère qui me considérait comme son miracle, décréta que je me nommerai Ionadh. Ionadh Hazard. Avec un nom comme celui-ci, comment s'étonner que mon existence soit régie par la Coïncidence.
De mon enfance, il y a peu à raconter. Peu et tellement à la fois. J'étais un enfant des plus normaux qui vivait une vit normale. La seule différence avec mes petits camarades était que je possédais déjà un don pour la maladresse. Car oui, la maladresse est un don. Mieux, c'est un Art avec un A majuscule. La maladresse nécessite cette étincelle de génie que seuls les artistes possèdent, sans quoi elle ne mène qu'à la douleur et au ridicule. La maladresse artistique, elle, donne à la vie une toute autre saveur. Une saveur d'inconnu, de découverte permanente et d'onirisme éveillé. La maladresse artistique est le piment de la vie.

***

En vingt-quatre années d'existence, je n'avais encore rien accompli de "grand", à l'image du commun des mortels dont la majorité se vautre dans la médiocrité. Je n'avais rien vécu de grand mais j'avais expérimenté des dizaines, voire des centaines, de petites choses extraordinaires qui étaient mes plus gros trésors. Ainsi, c'était avec un émerveillement permanent que j'avais passé le premier quart de ma vie. Car quoi de plus merveilleux que de découvrir par hasard une vieille boite en fer, qui avait dû des années auparavant contenir des petits biscuits secs, cachées dans le creux d'un vieil arbre rongé aux vers ? Quoi de plus fascinant que, après avoir gratté la rouille qui avait condamné l'ouverture du couvercle de cette boite, trouver à l'intérieur des dizaines de lettres jaunies par le temps ? Les missives, écrites dans une langue qui m'était inconnue et me semblait d'autant plus fascinante que je ne la comprenais pas, avaient été rédigées, décrétais-je, par un vieil homme qui se sachant mourant avait décidé de livrer son grand secret à la femme qu'il avait aimé dans sa jeunesse. Après lui avoir exprimé ses sentiments à la façon de Baudelaire, expliquait à sa dulcinée l'œuvre de sa vie. Il avait inventé une merveilleuse machine à voyager dans le Temps et l'Espace. Grâce à sa fabuleuse invention, il avait pu rencontrer les grands hommes du passé. Il avait déjeuné avec Louis XVI le treize juillet mille sept cent quatre-vingt neuf. Il avait pris le thé avec Charlie Chaplin. Il était allé chasser avec François Ier. Il avait assisté à la première autopsie pratiquée par Ambroise Paré. Mais il avait aussi voyagé dans le futur. Mais surtout, il avait visité l'Univers.
Depuis tout petit, j'avais rêvé de voyager dans le Temps et l'Espace. Mais quand on pratique l'art de la maladresse, on sait que, aussi intelligent que l'on soit, on ne pourra jamais devenir un de ces privilégiés que l'on autorise à côtoyer les étoiles.
Je m'étais donc résolu à ne quitter la Terre que le temps d'un trajet en avion et de ne connaître que le XXIème siècle.